Loi HPST : 2/3 des pharmaciens peu informés

Rodolphe Cohen 28/12/2011 2
  Deux ans après sa promulgation, deux tiers des pharmaciens estiment être peu ou pas informés sur la loi HPST. Et s’ils sont autant à considérer que la loi va modifier leur rôle dans les années à venir, seul un sur cinq pense en connaître les implications pour l’officine. C’est l’un des enseignements de l’enquête menée par l’Institut Ipsos pour les Laboratoires Pierre Fabre*. Quatre enjeux en particulier étaient analysés : les soins de premiers recours, l’éducation thérapeutique du patient, la coordinations ville-hôpital et les nouvelles attributions du pharmacien.

L’enquête fait ressortir que les soins de premier recours font partie de l’activité quotidienne des officinaux pour 94 % d’entre eux, 78 % souhaitant développer ces soins (un pourcentage montant à 85 % chez les 30-40 ans). 74 % disent disposer d’un espace de confidentialité et 14 % connaissance l’existence du FIQCS (Fonds d’intervention pour la qualité et la coordination des soins) pour financer les projets d’expérimentation des soins de premier recours, 40 % seulement pensant qu’ils se saisiront de cette opportunité.

Des progrès sont encore à réaliser dans la relation ville-hôpital, deux tiers des pharmaciens la jugeant peu satisfaisante et peu d’entre eux participent à la HAD ou à des réunions de coordinations, relève Laïla Idtaleb, directrice générale adjointe d’Ipsos Santé. Si la loi est susceptible d’améliorer les liens entre la ville et l’hôpital, les conditions d’un tel renforcement sont un changement de mentalité des hospitaliers (pour 69 % des pharmaciens) – mais aussi des pharmaciens (pour un tiers) – et la mise en place de réunions régulières avec les hospitaliers correspondants (pour 50 %).

L’ETP et le suivi des traitements font déjà partie intégrante de leur métier pour neuf pharmaciens sur 10, et 53 % des officinaux y accordent une place très importante. L’idéal étant de pouvoir y consacre de 1 à 4 heures par jour. Une meilleure collaboration avec le corps médical et la rémunération de l’acte pharmaceutique sont les deux mesures les plus sollicitées pour y parvenir.

La nouveauté, c’est l’évaluation
Enfin, les nouvelles attributions n’apparaissent pas si « nouvelles » pour plus de 80 % des pharmaciens. Qui citent parmi les missions déjà remplies au quotidien le conseil à visée diagnostique, le renouvellement des contraceptifs oraux, l’adaptation de la posologie après avoir appelé le médecin, le renouvellement exceptionnel de traitements chroniques pour des clients connus n’ayant pas d’ordonnance, les actions de dépistage et, à un moindre degré, l’évaluation des résultats d’un traitement. Le conseil personnalisé fait la quasi-unanimité (79 % des pharmaciens sondés) pour accompagner ces nouvelles attributions, souligne Laïla Idtaleb. Et 8 pharmaciens sur 10 souhaitent une formation indemnisée pour leur mise en place.

« Comment expliquer la faible connaissance de la loi par le pharmacien ? On est le nez dans le guidon, l’organisation du système de santé reste largement méconnue et une explication des termes s’avère nécessaire. Le pharmacien pense qu’il fait de l’ETP et du premier recours. C’est vrai en un sens, mais la nouveauté apportée par la loi, c’est l’évaluation ». Venu témoigner sur le rôle des pharmaciens dans l’éducation thérapeutique, Martial Fraysse, membre du conseil central A de l’Ordre des pharmaciens, a souligné qu’en attente d’une clarification du ministère, les ARS n’autorisent actuellement que des programmes d’ETP déjà financés (800 pharmaciens sont déjà intégrés dans de tels programmes). Si les hôpitaux et les réseaux se sont emparés de l’ETP, c’est maintenant « aux pharmaciens de se rapprocher (d’eux). Ils ont besoin de réels relais en ville, pérennes, et sont prêts à former les pharmaciens », insiste Martial Fraysse. « On est maintenant dans les nouveaux programmes qui vont intégrer les pharmaciens, avec une évaluation. On ne pouvait pas commencer plus tôt car les SROS (schémas régionaux d’organisation des soins) qui définissent les priorités régionales ne seront établis que fin 2011, et même fin 2012 pour l’Ile-de-France et Rhône-Alpes ».

Accélérateur de croissance
« Tout le monde ne fera pas du programme évalué, déjà par manque de temps », reconnaît Martial Fraysse. Pour Jacques Chevallet, directeur de Pierre Fabre Santé, il existe également des domaines qui ne font pas partie des priorité des ARS, mais qui relèvent néanmoins de la santé publique. Les laboratoires y jouent un rôle indispensable. Ainsi, Pierre Fabre accompagne la démarche du pharmacien dans trois domaines, le tabac, l’arthrose et le bucco-dentaire, en favorisant la sensibilisation du public, en formant les professionnels de santé, en accompagnant les patients et en étant partenaires d’actions de santé publique. « Nous ne sommes pas dans le cadre des programmes d’ETP, mais nous pouvons ainsi accompagner la reconnaissance du rôle du pharmacien ». Jacques Fabre, directeur général des Laboratoires Pierre Fabre, rappelle que « le lien que nous avons avec les professionnels de santé constitue toute notre histoire. Nous ne nous arrêterons pas. La loi HPST fait passer l’officine du 20ème au 21ème siècle. Le défi est de transformer le cadre législatif en véritable accélérateur de croissance de l’officine. Avec les missions d’opportunité, le pharmacien ne va plus dépendre mécaniquement du système de santé, mais pourra choisir les leviers de son développement économique et de son destin. C’est ce qu’a toujours défendu Pierre Fabre ».

Source : Impact-Santé

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