Peut on se fier à la medecine 2.0 ?

Rodolphe Cohen 22/01/2012 0

Une petite tache sur la peau ? Pas d’inquiétude : pour 4 euros, photographiez vos grains de beauté, le téléphone analyse leur risque d’évolution en mélanome. Vous voulez savoir pourquoi vous avez des ganglions dans la gorge ? Quelques euros et vous voilà rassuré. Ou pas. Quant à votre vue qui baisse : rien de plus simple. Une carte de crédit et vous voilà face à votre écran de téléphone comme devant un ophtalmo en train de lire les lettres « ZRTLVA » de l’oeil droit… Depuis quelques mois, des dizaines d’applications de conseils médicaux fleurissent.

Et c’est devenu un vrai business. Wengo, l’un des leaders français du conseil par téléphone (soutien scolaire, soutien juridique, etc.), est ainsi l’un des premiers à s’être lancé dans l’aventure de la médecine, avec « Wengo santé », qui propose une mise en relation avec « des médecins, inscrits au Conseil de l’ordre des médecins ». Rassurant. Le site précise tout de même que « la conversation avec le professionnel de santé ne peut en aucun cas se substituer à une consultation avec votre médecin traitant ». Encore heureux ! Car il ne s’agit pas de médecine, mais bien de conseil.

Conseiller n’est pas prescrire

La loi est stricte. Pour lutter contre la désertification médicale ou pour permettre un meilleur accès de certains patients à des prestations de santé spécialisées, la télémédecine a été encouragée, révolutionnant le diagnostic, la prise en charge et le traitement des malades isolés. L’utilisation des nouvelles technologies pour mettre en relation des patients et des médecins est encadrée par un décret depuis le mois d’octobre 2010 : sont ainsi considérées comme « actes de télémédecine » la téléconsultation, la téléexpertise, la télésurveillance médicale et la téléassistance médicale encadrées par des médecins. Mais en matière de conseil, c’est le vide juridique. Les fournisseurs de service ont donc sauté sur l’occasion.

Quelle différence entre le « téléconseil » et les forums en ligne, où l’on trouve toutes sortes de recommandations ? « On y glane effectivement le même genre d’informations, auxquelles on ne peut pas vraiment se fier », note le docteur Urbejtel, de MG France, le premier syndicat de médecins généralistes. « Que ce soit sur l’un ou l’autre des supports, on n’est pas certain d’obtenir deux fois de suite la même réponse, et il faudra de toute façon consulter son docteur. »

En revanche, l’une des différences bien réelles avec les forums, c’est le prix. Car ces « consultations » – comme elles sont souvent appelées – sont payantes. Le dernier-né des sites de téléconseil, Francemedecin.fr, qui a vu le jour en décembre, propose ainsi de donner des recommandations aux internautes sans qu’ils aient à se déplacer. Pour profiter de ce service, rien de plus simple : il suffit de s’inscrire, d’enregistrer sa question et d’entrer la tranche horaire à laquelle le médecin pourra rappeler, éventuellement de joindre à leur « dossier » des documents médicaux (radio, ordonnance, résultats d’analyse) et… de payer : 3 euros la minute par téléphone, 13 euros par conseil envoyé par e-mail.

Dérive ?

« Si le patient n’oublie pas d’aller consulter son médecin in fine, il n’y a pas de risque. Sauf réelle urgence, comme un infarctus par exemple, le téléconseil rend les mêmes services qu’un livre », constate le docteur Urbejtel. « D’ailleurs, nos grands-mères avaient le Larousse médical pour parer à leurs angoisses, notre époque donne priorité à l’interactivité. » Et certaines applications ne jouent d’ailleurs pas d’autre rôle que celui d’un livre, comme celles qui aident les patients à s’organiser et à suivre rigoureusement leurs traitements (contre le diabète, par exemple) ou ces logiciels, utiles en voyage, de « traducteurs de médicaments », qui permettent de connaître le nom des remèdes à l’étranger.

Avec le vieillissement de la population, le marché du « conseil » sur Internet ou par smartphone a donc de beaux jours devant lui. Et pour cause : chez les plus de 60 ans, l’intérêt pour les nouvelles technologies explose. Mais certains s’inquiètent d’une possible dérive tant que la loi reste floue : faut-il encadrer les « conseils » médicaux ? Comment contrecarrer les influences commerciales, et notamment celle des laboratoires pharmaceutiques ? Comment faire la chasse aux charlatans ? Armé de téléphones qui peuvent sauver la vie, et de conseillers en ligne à même de nous transformer en apprentis-docteurs, notre corps n’est pas forcément entre de mauvaises mains, du moins, tant qu’on a la santé…

Source : Le Point Santé

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